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Le cas Daniel Hurst

Pour information, j'ai écrit cette enquête inédite de Sherlock Holmes en juin 2009, pour un concours de nouvelles qui devait expressément avoir pour personnage principal le célèbre détective britannique né de l'imagination de Sir Arthur Conan Doyle. Je ne livre ici que le début de l'aventure, qui, entière, court sur dix-huit bonnes pages.

J e ne puis résister à la tentation d'ajouter à ma collection d'enquêtes de Sherlock Holmes celle qui vient de me revenir en mémoire. Comment avais-je pu l'oublier ? Je dois faire l'aveu qu'à l'époque ma confiance en Holmes faillit quelques temps, à ma grande honte. C'est pourquoi sans doute je ne pris aucune note de cette histoire et la refoulai profondément jusqu'à ce jour. Mais ce ne serait pas rendre raison à l'esprit brillant de mon ami que de cacher cette affaire plus longtemps. Si j'ai pu douter en cette occasion de la puissance de raisonnement de Holmes, lui laissant entendre que, cette fois-là, son imagination battait la campagne, je dus bien me rendre à l'évidence qu'en fin de compte ses déductions étaient justes, comme toujours.

Tout commença une fin de journée d'automne de l'année 1890. Je me rendais du quartier de Kensington, où je travaillais alors, au 221B Baker Street  ; au logement que j'avais partagé quelques temps avec Holmes avant que ses ressources ne lui permettent allègrement d'y vivre seul tandis que je me mettais en ménage avec Mary. Je fus introduit par Madame Hudson et commençai de monter les escaliers. Tandis que je montais, j'entendais Holmes jouer sur son violon un morceau particulièrement beau mais triste. Arrivé à la porte de Holmes, je continuai à écouter sans oser entrer, gêné à l'idée d'interrompre son jeu somptueux. Il devait être bien mélancolique pour avoir choisi de jouer ce morceau en particulier. Cependant, il cessa de jouer et j'entendis à travers la porte :

— Allons, Watson, qu'attendez-vous pour entrer ? Cette partita est très longue, savez-vous ?

J'entrai donc, bluffé.

— Comment saviez-vous que c'était moi ? demandai-je.

Levant les bras en l'air, violon et archet encore en mains, Holmes se désola :

— Watson, Watson, Watson ! Vous ne posez pas la bonne question, qui devrait être « Mais quel était ce morceau si poignant ? », à quoi je répondrais : C'est la Chaconne ou Ciaccona , le dernier et le plus riche mouvement d'une composition de Bach.

Holmes me souriait, en état de grâce.

— Holmes, vous n'êtes pas dépourvu de talent ! remarquai-je. Vous êtes tout sourire, pourtant votre interprétation débordait de bile noire au point que de derrière cette porte je vous pensais sur le point de vous jeter par la fenêtre !

— Merci, merci ! dit Holmes, affectant une révérence.

Il alla poser son instrument sur la cheminée, se saisit d'une pipe, l'alluma et reprit  la conversation :

— Cher Watson, il m'est particulièrement agréable de vous voir aujourd'hui ! Figurez-vous que j'ai une question à vous poser.

— Une question !

— Une question oui. Oh, je sais. Je vous ai habitué à tout deviner par la simple observation. Vous me pensez sans doute capable de répondre à toutes les questions de moi-même par la seule déduction. Je vais donc vous décevoir un peu. Voici ma question : avez-vous oui ou non confisqué les balles de mon revolver ?

— Absolument pas, Holmes ! Je ne me permettrais pas de vous prendre quoi que ce soit lors de mes visites, tout du moins pas sans vous en demander la permission !

— Bien, bien… Holmes sonna sa logeuse. Quand elle entra, il lui demanda, mains jointes, comme un enfant de chœur contrefaisant le plus sincère repentir :

— Madame Hudson, je vous prie de me rendre mes balles de revolver. Je vous promets solennellement de ne plus m'exercer au tir à l'intérieur de l'appartement. Et ayez à l'esprit que j'ai quelquefois au cours de mes enquêtes grand besoin d'être armé, ne serait-ce que pour intimider un éventuel agresseur. Mes balles, Mme Hudson, rendez-moi mes balles. S'il vous plaît !

La logeuse fit une moue qui laissait entendre qu'elle acceptait de lever la punition et allait restituer les balles. Elle sortit les chercher.

— Voilà qui est réglé ! dit Holmes d'un ton enjoué, puis se tournant vers moi, il ajouta :

— Rassurez-vous, Watson, je me doutais que ce n'était pas vous.

Je ne fus pas du tout convaincu par cette dernière affirmation. En mon for intérieur, je n'en étais pas moins ébranlé. Qu'était-ce donc que cette question ? Holmes n'avait-il pas en moi une absolue confiance ? Et pire : n'était-il plus capable de résoudre un problème aussi simple ? Le limier avait-il perdu son flair ?

Mais il me revint à l'esprit que j'avais une raison bien précise de lui rendre visite ce jour-là et lui fit comme prévu la proposition suivante :

— A propos : il y a ce soir chez Sir Simon Hurst une réception. J'y suis invité ; vous savez que je suis son médecin attitré. J'ai eu l'occasion de lui parler de vous à plusieurs reprises et il m'a suggéré de vous inviter vous aussi, si vous n'avez pris aucun autre engagement ce soir. Il admire vos talents de détective et serait ravi de faire votre connaissance.

— Mais n'habite-t-il pas ce fameux château romantique imité du style moyenâgeux dans le comté de Huntingdon ?

— C'est exact, mais il possède aussi un véritable palace ici à Londres.

— Ah oui ? Il a fait des investissements fructueux en Afrique Australe, n'est-ce pas ? Sa fortune doit être considérable ?

J'acquiesçai. Madame Hudson refit une apparition. Elle tendit froidement à Holmes une petite boîte de carton que je devinais lourde de balles de revolver et ressortit. Sa bouche pincée semblait porteuse d'une menace muette : « Que je ne vous y reprenne pas ! ».

Holmes alla ranger ses balles dans un tiroir. Il éteignit sa pipe, la posa avec d'autres sur un râtelier au mur et s'adressa à moi, radieux :

— Si vous me laissez le temps d'enfiler un smoking, je vous suivrai volontiers !

Je fis oui de la tête en souriant. Une minute plus tard, il sortait de sa chambre en trois pièces noir, plus longiligne que jamais, très élégant. Nous sortîmes de chez lui. Holmes héla un cabriolet mais je lui fis remarquer :

— Le Hurst Palace est à deux rues d'ici ! Sa façade donne sur le Regent's Park , rue Prince Albert.

Holmes haussa les épaules et répondit :

— Alors marchons ! Si vous me parliez de notre hôte de ce soir, le temps que nous arrivions chez lui ?

Nous marchâmes. Je parlai à Holmes de Simon Hurst, récemment fait baronnet par la reine Victoria. Que dire de lui ? C'était un authentique gentleman. Dans son jeune âge, il avait étudié à Cambridge. Ses parents étaient des bourgeois du Huntingdonshire . Il était de santé fragile, aussi ses parents l'envoyèrent en Afrique du Sud, chez de lointains cousins, pensant que le climat d'Afrique Australe lui ferait le plus grand bien. Là-bas, il se lia d'amitié avec Cecil Rhodes , actuel Premier ministre de la Colonie du Cap . Il sut à son exemple faire de bons investissements, ouvrant des magasins qui proposaient tous les produits nécessaires aux mineurs. Moins ambitieux, plus discret et plus nostalgique de Britannia que son ami, il connut le même succès en affaire mais ne fit pas de politique et préféra revenir vivre en Angleterre. Il y rencontra sa femme et eut d'elle un fils. Sa fortune conjuguée à un vif intérêt pour les arts plastiques le firent d'abord connaître à Londres comme mécène. Enfin, sa passion toute particulière pour l'architecture et les travaux de Viollet-le-Duc en France le poussèrent à commander à de brillants architectes la construction d'un manoir aux allures de château fort médiéval dans le Comté de Huntingdon, non loin de la demeure familiale bourgeoise où il avait vu le jour. Sa fortune augmentant, il fit construire ensuite dans notre heureuse capitale le Hurst Palace, vers lequel nous nous dirigions. Pour finir, je crus bon de prévenir Holmes :

— Il a été marié mais aujourd'hui il est veuf : sa femme, c'est navrant, a été emportée par la tuberculose il y a quatre ans. Son fils a maintenant vingt ans ; il est tout pour lui. Lui aussi a fait ses études à Cambridge. Ce dernier a, quant à lui, une santé de fer, la dernière fois que j'ai eu à le soigner c'était pour une rubéole il y a deux ans !

Ayant cheminé par la route longeant Regent's Park , nous arrivâmes devant la résidence cossue du magnat Simon Hurst. La façade de ce palace était une imitation à peine plus modeste de Hampton Court. Il m'arrivait de penser que ce monumental ouvrage architectural aux allures médiévales en plein Londres relevait d'une farce de conteur ou du romantisme fou d'un Louis II de Bavière.

Une gigantesque porte cochère équipée d'une lourde herse relevée était surmontée d'un oriel en vitraux ; le sommet de la façade était bordé de créneaux. Deux tours rondes crénelées démesurées encadraient le tout. Nous pénétrâmes dans une grande cour pavée où plusieurs voitures à chevaux stationnaient.

Une foule d'invités bavardait là. Certains allaient vers l'entrée du bâtiment doté d'un toit en terrasse aux bords crénelés. La bâtisse était assez semblable à la façade extérieure mais plus haute encore et aérée de nombreuses et imposantes fenêtres par lesquelles la lumière éblouissante du salon se diffusait jusque dans la cour.

Une fois revenus de notre ébahissement pour cet endroit, nous nous dirigeâmes vers l'entrée. L'épaisse porte de chêne renforcée de clous était grande ouverte, encadrée de gracieux domestiques. Je tendis ma carte d'invitation à un vieux majordome très digne qui nous annonça à haute voix :

— Monsieur Watson ! Monsieur Holmes !

Un quinquagénaire aux cheveux poivre et sel, fin et avenant, s'excusa auprès des gens avec qui il était en train de parler et se dirigea vers nous avec un grand sourire. Il fendit la foule de ses distingués invités, alla droit sur Holmes et lui offrit une chaleureuse poignée de main, disant :

— Monsieur Sherlock Holmes, je présume. C'est un honneur !

S'adressant à moi, il ajouta :

— Docteur Watson, vous me l'avez amené !

Et fixant Holmes, dont il tenait toujours la main, il lui demanda :

— Auriez-vous une explication aux récents changements de comportement de mon fils ? Parfois, je ne reconnais plus Daniel ! Mais peut-être les changements d'humeur n'ont-ils que peu à voir avec les énigmes qui vous occupent habituellement ?

Une délicieuse mélodie s'éleva d'un imposant piano à queue au milieu du salon. Simon Hurst lâcha la main de Holmes et déclara :

— Mon fils Daniel ! Ah ! Là, je le reconnais ! Ecoutons !

Nous nous pressâmes tous vers le piano. Holmes plus que tout autre, lui qui est mélomane dans l'âme et musicien à ses heures.

Le jeune homme au piano était grand, blond, et son visage rêveur, ses yeux clairs, laissaient passer la musique à travers lui. Nous écoutâmes. Holmes se tourna vers moi et commenta à voix basse :

— Une sonate de Mozart. Belle sensibilité, vraiment…

Je cherchai des yeux Simon Hurst autour de moi mais ne le vis pas. J'aurais pourtant bien voulu lui faire un compliment sur son fils. La musique s'éploya dans le salon. C'était un ravissement.

Un bruit sourd puis des voix alarmées se firent entendre à l'extérieur. Une femme qui était au fond de l'assistance s'avança vers la porte, peut-être pour rétablir le silence, mais au lieu de cela, elle s'immobilisa sur le seuil de la grande porte, regardant quelque chose dans la cour. Elle poussa un cri et s'évanouit. L'assemblée toute entière se tourna. Le piano se tut. Que se passait-il ?

Quelques hommes coururent relever la femme évanouie. Quand ils regardèrent à leur tour vers la cour, ils eurent des expressions de terreur.

...

 

Hervé Sors

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